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Quand les absents réapparaissent

Disparus volontaires, ils étaient morts pour tout le monde. Pour leur famille, pour la société. Mais ils ont brusquement réapparu.

"Par jugement rendu par la chambre du conseil du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, le tribunal prononce l'annulation du jugement [...] ayant déclaré l'absence de Patrick X, dont la dernière résidence connue était à l'Homède, 63270 Sallèdes. Vu au parquet".

C'était le 31 mai dernier. Une annonce légale, pas comme les autres, était publiée dans La Montagne. La face cachée d'une histoire incroyable et dramatique. Celle de Patrick, un Clermontois, parti sans se retourner, sans dire pourquoi, à l'âge de 25 ans.

Cas extrême

Au fil des années, sa famille l'a cru mort. Comme la Justice qui a déclaré, faute de nouvelles et suivant une procédure très spécifique, son absence, soit sa mort juridique en 2003. Mais en 2009, Patrick a réapparu, aussi brusquement qu'il a disparu, complètement désocialisé par vingt-sept années d'errances dont une grande partie, reclus dans une grotte dans la Drôme.

"Un cas extrême de disparition volontaire", reconnaît Michel Berthon, le vice-procureur du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand qui a suivi le dossier de cet ermite revenu au monde. "Dès que j'ai su qu'il était de retour et qu'il était la bonne personne, j'ai saisi le tribunal pour annuler son absence afin qu'il recouvre une existence juridique". C'est le troisième cas de "résurrection" qu'il traite dans sa carrière. Si chaque année, en France, des milliers de majeurs disparaissent du jour au lendemain de leur plein gré, rares sont ceux qui réapparaissent des décennies plus tard.

"Il n'est pas interdit de disparaître"

Michel Berthon se souvient d'une habitante de Saint-Dier-d'Auvergne dans les années 1990 qui a plaqué, sans crier gare, mari et enfants. Juridiquement décédée en novembre 2004, elle a écrit au Parquet pour expliquer qu'elle vivait aux États-Unis dans l'Oklahoma. Pourquoi ? Comment ? Avec qui ?

C'est la sphère du privé. Cela ne nous regarde pas. En France, il n'est pas interdit de disparaître lorsque l'on est adulte. Nous ne recherchons activement que les mineurs. Pour les majeurs, il faut que la disparition soit inquiétante ou suspecte pour qu'une enquête judiciaire soit ouverte", explique le vice-procureur qui a également assisté au réveil édifiant d'une habitante de Valenciennes. "Trente ans après sa disparition et deux ans après avoir déclaré son absence, nous avons appris qu'elle se trouvait dans une maison de retraite dans le nord de la France !"

Quant à Patrick, alors qu'il était mort sur les papiers, il a réussi à obtenir le revenu minimum d'insertion, l'allocation pour adulte handicapé et une carte bancaire dans la Drôme. Preuve que l'on peut disparaître de la circulation, être défunt aux yeux de l'État et toucher, sans changer d'identité, des prestations sociales !

Problèmes psychologiques

En ce XXIe siècle où nous sommes tous fliqués, tracés, géolocalisés, « c'est surprenant », admet le vice-procureur qui déplore le manque de communication entre les administrations d'un département à l'autre. « S'ils avaient demandé un acte de naissance, ils auraient vu en marge la mention "absent" ».

Pour lui, « chaque disparition volontaire cache une rupture, des problèmes psychologiques ». Un médecin-psychiatre confirme : « Excepté les escrocs ou les criminels qui ont intérêt à se faire oublier, disparaître délibérément dissimule un mal-être, sinon une pathologie mentale ».

Source : Rachida El Azzouzi pour La Montagne.fr du lundi 28 juin 2010.