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Il croyait être le fils caché de Depardieu ...
Benoît B. est un grand jeune homme de 27 ans. Parce qu’il a un nez proéminent, il est persuadé être le fils naturel de Gérard Depardieu. Il aurait à plus juste titre pu imaginer avoir pour géniteur Patrick B., un autre artiste célèbre, mais il sait que ce n’est pas possible. Les B., qui lui ont donné leur nom, ne sont pas ses « vrais » parents. Ils l’ont adopté le 17 décembre 1980, par un jugement rendu par un Tribunal de grande instance de Lozère. Il avait tout juste un an et demi.
Son histoire est un peu celle de tous ces enfants « nés sous X », privés d’identité parce que de filiation.
Benoît B. a vu le jour prématurément dans une salle d’accouchement de l’hôpital d’Ivry-sur-Seine (Val de Marne) en février 1979. Sa mère a demandé à ce que cette naissance reste confidentielle et a chargé une employée de le déclarer en mairie avec pour seule identité trois prénoms, dont le dernier lui servirait, ainsi que le veut l’usage, de patronyme jusqu’à ce qu’il soit éventuellement adopté. C’est ainsi que se sont inscrits, sur les registres de l’administration comme dans l’Histoire, les débuts dans la vie de Gilles Benoît DAMIEN.
Des débuts peu prometteurs si l’on en croit une note retrouvée dans le dossier constitué par la Ddass de Sucy-en-Brie à l’époque : « Net retard global. Impression d’immaturité liée à une lenteur dans le développement (…) La famille qui acceptera l’enfant, et son risque, lui donnera les meilleures chances de développement et certainement récoltera de nombreuses joies ».
En juin 1979, son « dossier » est soumis au Conseil de Famille de Créteil en vue d’être proposé pour adoption à une famille, les C. Un avis défavorable est rendu. La souffrance neurologique dont il pâtit rend imprudent, selon le corps médical, sa « mise en adoption ».
Il faudra attendre le 22 octobre pour que la Ddass soumette de nouveau son dossier au Conseil de Famille en vue de le proposer pour adoption à M. et Mme F. Nouvel avis défavorable. Entre-temps, une autre famille a présenté sa requête, par l’intermédiaire de l’œuvre d’Adoption « Emmanuel » de Bauge (49).
Bien qu’un médecin de l’hôpital Necker à Paris, consulté sur son état de santé, s’oppose à son adoption, la Ddass décide de suivre les recommandations de l’œuvre « Emmanuel », et de confier le nourrisson à la famille Bruel. Nous sommes le 8 décembre 1979. Le petit Gilles Benoît DAMIEN est placé, à titre gratuit, chez ses futurs parents adoptifs. Le conseil de Famille des Pupilles du Val-de-Marne délibère fin août 1980 et le 17 décembre, Gilles DAMIEN devient Benoît B.
Le jeune homme grandit… Et grandit tellement qu’il en vient un jour à se demander de qui il peut bien tenir pour dépasser ainsi tout le monde d’une tête…
Premières démarches
En 1999, il entame des démarches auprès de la Ddass de Créteil qui l’invite à aller prendre connaissance de son « dossier » à la Ddass de son département de résidence, à qui elle l’a transmis. C’est là qu’il découvrira l’ensemble des éléments qui viennent d’être exposés. Mais ce qu’il cherche ne s’y trouve pas : l’identité de sa mère, les raisons qui ont fait qu’elle ne l’a pas gardé, élevé, aimé peut-être…
Il écrit au CNAOP, « Conseil National d’Accès aux Origines Personnelles », « compétent pour faciliter l’accès aux origines personnelles des personnes adoptées ou pupilles de l’Etat et pour communiquer l’identité des parents de naissance si elle est couverte par un secret protégé par la loi, auquel cas la communication de cette identité nécessitera le consentement préalable à la levée du secret de la personne recherchée ». On lui renvoie un questionnaire*, qu’il remplit… mais ne renvoie pas. Espoir trop fort, crainte de l’échec, encore une fois…
Une rencontre déterminante
En novembre 2006, il croise notre route, et nous la sienne.
Quelques jours nous seront nécessaires pour lui permettre de retrouver la seule voie sur laquelle il ait jamais cherché à s’engager ; celle de sa génitrice.
Direction… Ivry, la ville où il est né, et qu’elle n’a jamais quittée ! Elle, Jacqueline.
Enfin un prénom, un nom, des racines. Et bientôt des traits qui pourront prendre forme dans le miroir, et un regard pour les identifier … Car Benoît n’a pas osé, pour l’instant, aller frapper à la porte de sa génitrice. Il s’est contenté de lui écrire, de la rassurer sur ses motivations.
Elle a mis deux mois à lui répondre mais elle l’a fait, et plutôt favorablement si l’on en croit les excuses qu’elle lui a demandé d’accepter et le souhait dont elle lui a fait part de « le serrer dans ses bras ». Jacqueline aussi a tenté de le rassurer. Elle lui a raconté sa vie, son métier de couturière, son père, employé des Postes, sa mère avec qui elle a longtemps vécu et enfin son divorce après sept ans de mariage et un premier fils, Serge. Et puis elle a abordé sa vie à lui, ou plutôt à sa venue dans la vie, difficilement, brièvement, parce que même Benoît voudrait « qu’on passe à autre chose ».
Si Benoît ne se sent « pas encore tout à fait » le courage d’aller frapper à la porte de celle à qui il doit d’Être, il vient d’acheter une voiture. Un détail insignifiant, direz-vous, mais un signe qui ne trompe pas pour Benoît. Parce que depuis qu’il sait d’où il vient, il sait mieux où il va.
* Les renseignements demandés par le CNAOP sont les suivants :
Nom, nom marital, prénoms, adresse, téléphones ;date et lieu de naissance (tels qu’ils figurent sur l’état civil actuel) ; en cas d’adoption, date et identification du tribunal qui a prononcé l’adoption, coordonnés de l’organisme de recueil en vue d’adoption (service départemental de l’Aide Sociale à l’Enfance/Œuvre autorisée pour l’Adoption ou autre) ; date de remise par les parents de naissance ;date de remise aux parents adoptifs ; recherches déjà entreprises et résultats ; nom de la mère et du père de naissance s’il est connu ; buts de la recherche actuelle (connaître l’identité de la mère de naissance, du père de naissance, de la fratrie éventuelle et/ou rencontre (en accord avec les personnes concernées) avec la mère de naissance, le père de naissance, la fratrie éventuelle). Date et signature.